mardi 21 février 2017

Portrait musical de l’ultra-prolifique Zappa



C'est une entreprise assez périlleuse de vouloir dresser le portrait musical de l’ultra-prolifique Frank Zappa, lorsqu'on sait qu'il affiche une bonne soixantaine d’albums au compteur, si l’on considère ses nombreux disques live et posthumes : de Freak Out (1966) à One Size Fitz All (1975), de Hot Rats (1969) à Apostrophe (1974), ou de Zoot Allures (1976) à Sheik Yerbouti et Joe’s Garage 1, 2 et 3 (1979), sans oublier l’incontournable live Zappa in New York (1978), pour n’en citer que quelques uns parus de son vivant.

On peut dire que du doo-wop au rock progressif, du classique (celui du XXième siècle, avec Varèse et Stravinsky) au jazz-rock et jusqu’à la musique contemporaine - dont il fut le premier à introduire le langage dans le rock, lui empruntant ses mesures irrégulières et ses polyrythmes -, Zappa a exploré et épuisé tous les genres, se payant même le luxe d’enregistrer deux disques avec le London Symphony Orchestra dans les années 80, et de voir trois de ses pièces musicales jouées par Pierre Boulez et l’Ensemble intercontemporain en 1984.

Un grand monsieur, donc, Mister Zappa, un véritable totem musical même, qui s’est doublé d’un narrateur hors pair et d’un très grinçant satiriste, se montrant capable de dézinguer aussi bien le flower power que le mode de vie des classes moyennes et de la bourgeoisie américaines. Zappa fut sans conteste un grand compositeur, et accessoirement aussi un très grand guitariste, qu’un cancer de la prostate emporta trop prématurément le 4 décembre 1993, à l’âge de 52 ans.

C’est peu connu, mais il avait déjà imaginé, dans la seconde moitié des années 80, alors que les modems faisaient caracoler les bits informatiques sur les réseaux à la vitesse de pointe de 300 bits par seconde, un système de vente de musique par téléchargement, sur le principe de l’abonnement. Dommage qu’un tel visionnaire nous ait quittés si tôt. Mais sa dimension totémique, elle, n’est pas près de disparaître.

"Dans mes compositions, j'ai recours à un système de poids, d'équilibres, de tensions et de relâchements maîtrisés - un système d'une certaine manière similaire à l'esthétique de Varèse", avait-il un jour confié. Une autre de ses citations : "Le jazz n’est pas mort, c’est juste qu’il a une drôle d’odeur." Ou encore : "L’esprit c’est comme un parachute, s’il reste fermé on s’écrase." Il considérait également que "sans transgression de la norme, il n’y a pas de progrès possible. Mais avant de chercher à transgresser efficacement, on doit au moins s’être familiarisé à la règle, à la norme de laquelle on veut s’écarter."

Il n’aimait pas vraiment les chroniqueurs de rock, dont il disait que ce "sont des gens incapables d’écrire, interrogeant des gens incapables de parler, pour des gens incapables de lire." Avec Zappa, tout le monde était sûr d'en prendre pour son grade. Sa plus belle maxime : "MUSIC IS THE BEST."

Pour une analyse plus systématique de sa musique, dont je suis bien incapable, cf. le site www.zappa-analysis.com.

(article publié à l'origine sur mon blog Rock Altitude, en juin 2007)

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